Tout le monde doit se souvenir de l’affaire ESSMIYAR qui a défrayer la chronique à Grarem, il y’à 3 ou 4 ans de ça. Cette affaire qui a pesé plusieurs milliards de centimes a révélé au grand jour la cupidité démesurée de certains gens et la crédulité sans limite de beaucoup d’autres. Le héros de l’histoire c’est ESSMIYAR ce jeune homme dépassant à peine la trentaine, habitant le village Anouche Ali, ex Siliana, dont l’instruction scolaire n’a pas dépassé le niveau moyen . Il aidait son père, ex émigré en France et propriétaire d’une 404 bâchée, dans son magasin de fruit et légumes. Esprit rusé, déjà à cette époque, d’après ceux qui le connaissaient bien, il subtilisait des billets de 100 dinars qu’il mettait de côté chaque fois que la recette était bonne, à l’insu de son père. Par la suite il a pris lui-même le magasin en main ainsi que le véhicule pour s’approvisionner au marché de Chelghoum Laid en fruits et légumes. Lorsque son père a atteint l’age de la retraite et a commencé à percevoir une somme de
la CNRO , c’est ESSMIYAR qui s’est occupé à négocier le change au marché parallèle de la devise. A force de fréquenter le milieu des cambistes improvisés il en est devenu lui-même un et a vite fait de gravir les échelons de cette profession, car il y’a plusieurs niveaux : le niveau inférieur pour les petits rabatteurs qui collectent les sommes directement chez le vendeur à l’échelle de la commune ou tout au plus de la wilaya, le niveau intermédiaire qui s’approvisionne auprès du premier niveau et qui opère à l’échelle de la région (plusieurs wilaya), vient ensuite le niveau supérieur alimenté par le 2eme niveau et qui agit dans tout le pays et satisfait la demande des grosses légumes. Toute cette faune qui grouille et agit au vu et au su de tout le monde arrive à brasser des sommes colossales, bien plus que ne le font tous les établissements bancaires du pays réunies. Phénomène étrange que de voir des individus vous proposer d’acheter ou vendre de l’euro dans toutes les places des villes et villages d’Algérie. C’est dans ce contexte qu’un esprit du gain facile s’est crée chez beaucoup de nos concitoyens, mêlé de spéculation, d’usure, de riba et tout ce qui s’en suit. ESSMIYAR en est l’exemple frappant. L’idée c’est qu’il faisait miroiter un gain conséquent et rapide à beaucoup de monde à qui il prenait des sommes plus ou moins importantes qu’il se chargeait de faire fructifier. Et l’astuce c’est qu’il l’a vraiment fait durant des années : c'est-à-dire qu’il donnait des bénéfices à ses clients presque chaque mois en les assurant que la somme principale continuait à travailler pour eux. Pour éloigner les soupçons il y’a même eu certains chanceux qui ont récupéré leur argent rien qu’en bénéfice. D’où sa réputation qui s’est vite établie par le bouche à oreille. Or, et cela on ne l’a su que plus tard, sa combine c’est qu’il déshabillait Saint-Pierre pour habiller Saint-Paul : L’argent qu’il prenait aux uns il le donnait à d’autres en leur faisant croire qu’ils sont les seuls à bénéficier de cette aubaine. Au bout de plusieurs mois ça a fait tache d’huile, une clientèle impressionnante s’est constituée pour lui, même des affairistes qui ont commencé bien avant lui se sont pris au piége. Y’a-t-il un cerveau derrière tout ça ou un groupe d’individus ? Personne ne peut l’affirmer catégoriquement mais beaucoup pensent que si, car ceux qui connaissent le bougre vous jureront que ESSMIYAR est incapable de compter jusqu’au milliard, or il manipulait quotidiennement beaucoup plus que ça à un certain moment. La malle de sa voiture était toujours remplie de sacs bourrés de billets. Une fois la toile tissée, le dernier round a été mené de main de maître : ESSMIYAR a pris contact avec tous ceux qui ont eu à traiter avec lui à un moment ou un autre et sous le sceau du secret il leur affirmait qu’une affaire juteuse se prépare et en tant que conseiller, il leur recommande vivement de miser gros, mais la rapidité et la discrétion sont de rigueur. Evidemment ça a été une ruée dont il a été lui-même surpris. Des petits aux grands porteurs, tout le monde s’est jeté dans le piége tête baissée. Après les anecdotes ont foisonnées, sûrement enflées par la rumeur. Untel a pris une somme chez sa belle-mère qu’elle a obtenu comme indemnisation pour expropriation pour cause du projet du barrage de Beni Haroun, tel autre a vendu les pièces en or de son épouse, il y’a même eu quelqu’un qui a vendu son véhicule dont la somme a directement été perçue par ESSMIYAR Des histoires burlesques si ce n’était pas dramatique. Lorsque l’affaire a éclaté tout le monde est tombé des nus. ESSMIYAR a disparu et des milliards de centimes avec lui. Les victimes se comptent par centaines, viennent de tous les horizons et sont issues de toutes les couches sociales. Après plusieurs jours de désarroi total, on a fini par repérer ESSMIYAR à Alger. Une délégation est vite constituée, formée de gens qui lui sont les plus proches, pour partir le chercher. Le jour de son arrivée prévisionnelle, le village d’Anouche Ali a connu un problème qu’il n’a jamais pensé connaître : c’est celui du stationnement. C’est simple, il n’y avait plus où stationner pour ces véhicules immatriculés presque dans toutes les wilayas de l’est. Certains ont passés la nuit dans leur véhicule devant chez lui. Son arrivée devrait rester dans les annales, elle est tout bonnement irracontable. Pour vous donner une idée, vous avez sûrement regardé quelque fois à la télé les visites du président à travers le pays et ses bains de foule. C’est presque pareil. Gardes du corps, poignées de mains, salutations, accompagnement jusque chez lui où ne sont entrés que les plus proches qui ressortent un peu plus tard en annonçant qu’il était un peu fatigué et qu’il doit se reposer. Réponses en chœur : oui, oui qu’il se repose, ses meilleurs ennemis veillent sur lui. Une rencontre et vite improvisée pour le soir dans un café un peu retiré qui a été réquisitionné pour la circonstance. Le moment venu cet établissement n’a pas pu contenir tout le monde, la solution est vite trouvée : celui dont le dommage est inférieur à 200 millions de centimes ne peut pas entrer. Un enseignant qui a perdu 10 millions a voulu forcer la porte, mais il est vite empoigné par un colosse qui le ressort en lui disant : lorsque tu auras perdu 1 milliard comme moi tu pourras entrer. Les négociations durent toute la nuit, tout le monde est assuré d’un remboursement dans un court terme. Certains sont rassurés, d’autres sont plus sceptiques et ils auront raison car après 2 jours ESSMIYAR disparaît à nouveau et personne ne sait plus où il est jusqu’à ce jour. La conclusion ou la chute de l’histoire est donné par l’une des victimes licenciée en finances qui a dit avec bonne humeur quand même : je me demande pourquoi j’ai été à l’université pour en arriver là, je devrais donner mon diplôme à ESSMIYAR et la boucle sera bouclée !
LA BANQUE, LES RETRAITES ET LES CAMBISTES
