L’été approche et qui dit été dit fêtes et farniente. Fêtes de mariages surtout, avec leur lot de cortéges de voitures, rutilantes et flambant neuves, ornées de banderoles et de bouquets de fleurs, bruit de klaxons ininterrompus, baroud, youyous de femmes, disque jockey jusqu’au fin fond de la nuit, Tboul et ghaïta à toute berzingue. Ambiance festive assurée. Parfums envoûtants, henné, odeurs de cuisine alléchante, robes de soirées, cliquetis de bracelets et de chaînes portés par les femmes, costumes 3 pièces et cravate font leur apparition chez les hommes. C’est la grande occasion pour réunir la grande famille, au sens large du terme, ascendante, descendante et collatérale. Les voisins, les relations par liens du mariage, les amis, les collègues de travail, tout le monde est invité. Ne dit-on pas : « el h’bab ouel’nsab ou sellafine el kheire ? ».
Même les cousins qui vivent à l’étranger sont là, fidèles au rendez-vous estival. Ils nous agacent un peu avec leurs remarques sur tout : "la poussière trop envahissante, la propreté de l’environnement qui laisse à désirer, c’est quoi ces sachets noirs partout et qui virevoltent au moindre coup de vent comme des serf volants ? Pourquoi les rues ne sont pas entretenues ? Les travaux, c’est pas comme ça, là bas c’est comme ceci et cela, la circulation n’en parlons pas, personne ne respecte le code de la route". Mais oui cousin, c’est parce que là bas ce n’est pas ici. Si là bas c’était comme ici pourquoi on irait là bas ? Enfin bref, ils sont gentils quand même nos cousins, on est heureux de les revoir chaque année. Chez Chez les éditeurs de musique 3arassi la bataille est rude, chacun veut décrocher le gros lot en sortant le tube de l’été que repasseront inlassablement les DJ à travers leurs amplificateurs assourdissants, sous les déhanchements endiablés de nuées de jeunes surexcités.
Mais cela n’est que l’interface utilisateur, comme on dit en informatique : c'est-à-dire la partie visible de l’iceberg, la façade, ce que voient les invités. Or pour en arriver là, les familles des 2 mariés ont du en débourser de l’argent depuis des mois. Alors le jour du mariage, vous pensez bien que c’est un soulagement pour tous, parce que ça marque la fin de tout ce parcours du combattant. Et là vous comprendrez pourquoi l’expression « consommer le mariage » n’a jamais autant mériter son nom.
Voyons maintenant une estimation approximative du coût moyen d’un mariage, du coté du mari : 1) Le premier contact (Echoufa) : - Achat de la bague : 15 000,00 DA - Bouquet de fleurs : 500,00 - Pièce montée en pâtisserie : 1 500,00 - Kechkcha sur un plateau en cuivre sous cellophane : 1 000,00 - Appareil photos et/ou camera vidéo : 2 000,00 Sous Total ……: 20 000,00 DA 2) Les fiançailles officielles (El khotba, El djéria) - Une autre bague : 20 000,00 DA - Une chaîne en or ou gourmette : 15 000,00 - Une valise remplie d’un trousseau (Djhaze) : 40 000,00 - Au cour du henné de la fiancée, versement d’une somme : 3 000,00 - Appareil photos et/ou caméra vidéo : 2 000,00 S/Total………: 80 000,00 DA
3) L’acte de mariage à la mairie (El 3akd) : - Achat rafraîchissement et pâtisserie au niveau de la mairie : 1 500,00 DA - Repas le soir pour les proches : 4 000,00 S/Total………: 5 500,00 DA 4) La cérémonie religieuse (El Fatiha) : - Achat rafraîchissement et pâtisserie au niveau de la mosquée : 3 000,00 DA - Accord devant l’imam et les témoins sur la dot (El mahr, echarte) 120 000,00 - Repas le soir pour les proches : 5 000,00 - Envois chez la mariée quartier de viande et nécessaire repas : 8 000,00 S/Total………: 136 000,00 DA 5) La fête (El 3ars): - L’avant-veille du jour J, envoi chez la mariée, un mouton vivant + - La veille du jour J , les femmes du côté du mari vont mettre le henné à la mariée en y emmenant tout le nécessaire + don d’une somme d’argent : 5 000,00 - Appareil photos et/ou caméra vidéo : 2 000,00 - Le jour J abattage d’un veau + le nécessaire pour les repas d’au moins 200 convives : 200 000,00 - cuisinier : 6 000,00 -Disque jockey : 10 000,00 - Pièce montée en pâtisserie + autre sucrerie + rafraîchissements : 8 000,00 - Divers : 30 000,00 S/Total ………… : 286 000,00 DA Total General ……… : 527 500,00 DA ARRONDI A: 60 MILLIONS DE CENTIMES.
VOICI UN ARTICLE SUR LES MARIAGES EN ALGERIE PARU DANS LE QUOTIDIEN EL WATAN DU JEUDI 07/08/2008 ( c'est interessant de suivre le lien pour lire les commentaires des lecteurs soulevés par l'article).
Le mariage, une histoire d’amour ou d’argent : Combien nous coûtent les traditions ? 
L’amour est aveugle, le mariage lui rend la vue », et cela dès les préparatifs de cette prestigieuse cérémonie qui débute, comme chacun sait, avec les fiançailles. Amel, 26 ans, prépare ainsi son mariage. « Lors de mes fiançailles, j’ai déboursé trois cent mille dinars. Entre la location de la salle, les gâteaux, les tenues, la coiffure, les cartes d’invitation, le dîner pour 200 personnes, ça va vite. »
« C’est le plus beau jour de notre vie ! » s’exclame Nora, 30 ans, qui organise, elle aussi, son mariage avec un enthousiasme touchant. Et d’ajouter : « C’est bien d’être attachée aux traditions. Ça fait plaisir à la famille. On a beau dire que le plus important c’est l’après-mariage, toutefois ça reste une journée particulière. On ne la vit qu’une fois dans une vie. Pour une circonstance comme celle-là, ça vaut la peine de faire la fête ! » L’opinion d’Amel diverge. « On est victime, on est otage du qu’en-dira-t-on. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais fait plus simple. On a l’impression de se marier pour les autres. Il y a des personnes qui aiment tous ces protocoles pompeux. Le plus embêtant c’est, quoi qu’on fasse, d’avoir l’impression de faire simple au regard des autres. Une tradition consiste, lors de la fête, à montrer aux invités ce que la belle famille a offert à la mariée. Il y a là une sorte d’exhibitionnisme. C’est malsain, je trouve. Le mariage c’est quelque chose de pur, cela mériterait bien mieux que ce genre d’étalage de faste et de clinquant. »
Un compromis pour éviter les conflits
Hakim, lui, commence tout juste ses préparatifs. Sa sœur vient de se marier. Il a investi corps et porte-monnaie dans ce mariage. Il n’a plus les moyens de s’offrir un mariage traditionnel. « On aurait aimé faire un mariage traditionnel, ça a un charme particulier, mais on ne peut pas se le permettre. Ça coûte les yeux de la tête. C’est l’une des raisons qui font que les jeunes ne se marient pas de nos jours. On se contentera d’une cérémonie à Alger dans une salle. » Yacine, 31 ans, est employé dans un ministère. Lui, il a fait un mariage comme il faut ! Il raconte : « C’est ma mère qui a fait les contacts et m’a trouvé la femme de ma vie. Quand ma belle-famille m’a dit qu’elle ne réclamait pas de dot, j’ai cru que j’avais gagné au Loto. Ma belle-mère avait ajouté : si tu veux l’habiller d’un sac de jute, elle est à toi et qu’elle parte avec toi comme ça ! » De son côté, Amel opte pour le compromis afin d’éviter tout conflit. « Limiter les dépenses, les futilités...
C’est une forme de spectacle dans lequel on joue un rôle. » Le sien consiste à acheter le trousseau. Celui-ci contient le linge de maison comme les couvertures, les draps, les couvre-lits, les rideaux, les pyjamas ainsi que la lingerie. Elle raconte : « Auparavant, les futures mariées le faisaient elles-mêmes. A présent, nous n’avons ni le temps ni le talent pour le faire, donc on achète. » Nora explique : « Lors des achats, il est agréable de voir tous ces habits, ça l’est moins lorsqu’on arrive à la caisse pour payer la facture. » Elle a pour l’instant dépensé 40 000 dinars pour son trousseau. Les femmes doivent obligatoirement porter plusieurs robes. Amel s’est contenté de cinq, Nora de six qu’elle a payées 80 000 dinars. Amel nous confie qu’une de ses amies a porté dix-sept robes. « L’une d’elles était une robe constantinoise qui lui a coûté 50 000 dinars à elle seule. Je ne veux pas faire ce genre de dépenses. » Si les tissus à eux seuls suffisent à ruiner, le coût de la main-d’œuvre de la couturière finit de ratiboiser le budget. La location de la fameuse robe blanche pour le grand jour varie entre 8 000 et 18 000 dinars. Il faut aussi tenir compte des frais tels que les cadeaux pour la belle-famille et la coiffure le jour du mariage. Nora se livre : « Le jour de mes fiançailles, ma coiffure m’a coûté 5000 dinars. A mon avis, je la payerai encore plus cher le jour de mon mariage. » Le montant des dépenses d’Amel est de 400 000 dinars. Et il en faut au moins l’équivalent au fiancé pour arriver au jour de la cérémonie. Quant à Nora, le budget consacré à la fête est estimé à 600 000 dinars, la cérémonie à elle seule lui coûtera 300 000 dinars.
Les prix fluctuent avec les saisons
Pour Yacine, chaque fête religieuse ou civile est l’occasion de rendre visite à sa belle-famille avec force cadeaux, robes, tissus et bijoux pour sa fiancée. Il sied alors d’offrir à la mère et aux sœurs un petit cadeau pour renforcer l’alliance entre les familles. « Obligé ! », commente-t-il, généreux. Deux années de fiançailles, deux Achoura, quatre Aïd, deux Mouloud et deux 5-juillet plus tard, il se retrouve avec, au lieu du gros lot espéré, des dettes à perpétuité. Pour Nora et Amel, leur situation est plutôt prisée. Leurs économies, l’aide apportée par leurs familles respectives et celle de leurs conjoints leur permettent de ne pas s’endetter. Leur fiancé s’occupe de la recherche et de la location de la salle où se déroulera la fête. Là, les prix fluctuent selon le pic saisonnier des mariages. Ils oscillent entre trente mille et deux cent mille dinars la demi-journée. Il se charge aussi de payer les violons et cornemuse, tambourins et derbouka. Pour un orchestre traditionnel, il faut débourser entre 50 000 et 70 000 dinars. La participation aux frais varie selon les familles. Il reste un point à aborder. Les us et coutumes établissent que « la liste de mariage » n’est pas bien vue. De ce fait, les mariés préfèrent encore recevoir des cadeaux en double, garder des services à thé identiques par dizaines plutôt que froisser un invité. On se demande bien à quel moment les futurs mariés vont pouvoir savourer le bonheur de leur union.
Nora confie fébrile : « Nous avons hâte que ça arrive, nous sommes très enthousiastes. Mais notre compte en banque arrive au rouge plus vite encore. » Les personnes interrogées s’accordent à dire que le plus important reste l’après-fête. Ainsi va la cérémonie de la visite du couple à la belle-famille. A cette occasion, un couscous royal, digne des noces, réunit les deux familles alliées et offre l’opportunité de jeter les derniers dinars qui restaient. Alors « quand on n’a que l’amour », dirait Brel, quelles solutions s’offrent à nous ? Certaines associations ont eu l’oreille attentive et la main charitable. Des bienfaiteurs anonymes ont permis ainsi à 125 couples âgés de 26 à 52 ans de se marier le 14 juillet dernier. Ces dons ont aidé les nouveaux mariés à l’acquisition de meubles ainsi que des appareils électroménagers. Il a aussi été remis à chaque couple un chèque de 30 000 dinars. Le mariage collectif semble être un phénomène social de plus en plus répandu en Algérie. Yacine, lui, empêtré dans des difficultés financières sans fin, ne sait plus à quelle dépense se vouer jusqu’au jour où sa mère lui tend le livret de famille. Et de lui demander d’aller divorcer puisqu’il n’est pas capable de nourrir la femme qu’elle lui a choisie. Il choisit alors de quitter le toit paternel et, avec sa femme, de construire une baraque en zinc et en bois au bidonville d’à côté. Quand on n’a que l’Amour…
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